Claudel___Le_rapport_de_BrodeckPhilippe Claudel
Le rapport de Brodeck

Editeur : Le livre de poche
Date de sortie : 2007
Genre littéraire : roman
Nombre de pages : 375
Note : 5/5

4ème de couverture :

Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses […]. »

Le Rapport de Brodeck a reçu le prix Goncourt des lycéens 2007

Mon avis :

J’ai mis un certain temps avant d’entamer ce livre. J’en avais entendu beaucoup de bien, et Philippe Claudel était un auteur que je voulais découvrir. Mais entre temps, j’ai commencé du même auteur Le Café de l’Excelsior… auquel je n’avais pas du tout mais alors pas du tout accroché si bien que je ne le l’avais point terminé et pourtant très court !..... Alors il est vrai que j’appréhendais beaucoup de commencer ce livre.

Et puis finalement je m’y suis lancée… je ne savais pas vraiment de quoi il parlait… il y a des livres comme ça, qu’on prend juste parce qu’on en a entendu beaucoup de bien et qu’on prend les yeux fermés… J’ai donc d’abord été surprise de me rendre compte que c’était essentiellement basé sur les souvenirs de la Shoah, par quelqu’un qui l’a vécu…

La première moitié de ma lecture fut… comment dire… non pas laborieuse, mais lente… je lisais morceau par morceau, je n’avançais pas très vite dans ma lecture et je ne saurais dire pourquoi au juste…. Mais une fois passé la première moitié du livre… j’ai lu le reste d’une traite et j’ai été fort triste à la fin de tourner la dernière page et j’avoue que je suis restée encore qq temps dedans avec Brodeck dans cette atmosphère sombre et ténébreuse….

Brodeck qui a la charge de faire un rapport de ce qui s’est passé un certain soir, dans un certain café, par les gens du village où il habite. Pourquoi lui ? Parce que c’est celui qui a fait le plus d’étude et qui sait le mieux écrire… pourtant il n’est pas écrivain…

Mais son « vrai » rapport prend des tournures déviantes et c’est ainsi qu’on apprend au fil des pages, ce qu’il a été, ce qu’il est devenu… qu’il revient d’un pays d’où on ne revient jamais… et alors, il raconte les conditions des camps, son voyage dans les wagons qui les amenaient vers nulle part, comment il a été trahi par les siens, comment il a vu ses camarades espérer, mourir, disparaître…. Comment il en est revenu….

Son rapport part dans tous les sens, D’ailleurs, il le dit lui-même à plusieurs reprises :

Extrait p 134 de la présente édition :

…Ce récit, si jamais il est lu, le prouve assez, où je ne cesse d’aller vers l’avant, de revenir, de sauter le fil du temps comme une haie, de me perdre sur les côtés, de taire peut-être, sans le faire exprès, l’essentiel.

Quand je relis les pages précédentes de mon récit, je me rends compte que je vais dans les mots comme un gibier traqué, qui file vite, zigzague, essaie de décroûter les chiens et les chasseurs lancés à sa poursuite. Il y a de tout dans ce fatras ? J’y vide ma vie. Ecrire, soulage mon cœur et mon ventre….

Extrait p 239 de la présente édition :

J’ai relu tantôt mon récit depuis le début. Je ne parle pas du Rapport Officiel, je parle de toute cette confession. Cela manque d’ordre. Je pars dans tous les sens. Mais je n’ai pas à me justifier. Les mots viennent dans mon cerveau comme la limaille de fer sur l’aimant, et je les verse sur la page, sans plus me soucier de quoi que ce soit. Si mon récit ressemble à un corps monstrueux, c’est parce qu’il est à l’image de ma vie, que je n’ai pu contenir et qui va à vau-l’eau…

Ce qui pourrait être un peu déstabilisant au départ, mais jamais on ne perd le fil, jamais on n’a à revenir en arrière. Le récit est fait d’une association d’idées, on boit ses paroles et on tourne les pages, et on devient peu à peu son compagnon de route, on est avec lui… difficile de le quitter à la fin…..

L’écriture est belle… Il voit en image, il parle en image… je ne sais plus si je dois dire Philippe Claudel ou Brodeck, tellement ils ne font qu’un…

C’est un tableau sombre dans une ambiance oppressante que nous décrit ici l’auteur, le besoin de dire, de garder en mémoire certains évènements que tout un chacun doit connaître, doit se souvenir, la noirceur de la nature humaine, la cruauté et la lâcheté humaine, une histoire universelle (car aucun lieu, aucune date ne sont cités dans cette histoire, mais nul ne doute….) qui ne doit pas se reproduire…

Un livre à lire incontestablement…. Pour savoir, pour se souvenir…. Un livre noir, mais d’une beauté et d’une sensibilité exceptionnelle……

Ce livre m’a été offert par Valérie lors du swap anniversaire et je l’en remercie grandement car c’est un livre qui restera longtemps en moi… ce genre de livre qui a une place toute particulière dans notre mémoire……

Je pense que je prendrais avec beaucoup de plaisir la petite fille de Monsieur Linh du même auteur qui m'attend sagement sur mes étagères et donc j'ai également entendu beaucoup de bien et je pense que je reprendrais du même coup, le café d'Excelsior avec un autre point de vue !